Le chant du vieux fou

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Petit défi d’écriture proposé par Désir d’Histoires ! 9 mots, une histoire …

Le soleil naissant peignit le royaume de ses délicates couleurs orangées. Il y avait des villes, beaucoup de villes, grouillantes, dont les habitations se superposaient à l’image d’un jeu de cartes fou. Construites au creux de la vallée, une brume grise, presque opaques, les recouvraient. Peu à peu, le relief de la Montagne se dessina avec plus de précision, l’éclat de l’astre la transformant en un majestueux océan verdoyant, touffu et odorant. La pureté du paysage jurait avec les immondices qui vivaient à ses pieds. Au sommet d’un pic se dressait une humble bicoque construite en rondins de bois. Elle n’était composée que d’une seule pièce, uniquement meublée d’un lit, d’une table et de deux chaises. La cheminée, adossée à l’un des murs, prenait presque la moitié de la place ; un feu y brûlait en son âtre, dégageant une agréable chaleur qui enveloppait le vieillard assis face à lui. A même la terre battue, plongé dans sa méditation, il ressemblait à une vénérable statue d’un quelconque dieu oublié. Une fleur sculptée en bois de noyer alourdissait ses mains fripées. Le temps semblait suspendu dans cette chaumière retirée des Âges, loin des passions mortelles. Une violente quinte de toux saisit le vieil homme, écrasant son thorax et le faisant vaciller. Une ride de colère barra son front sage. Il abhorrait sa maladie, cette faiblesse du corps qui lui rappelait aigrement son appartenance à la race humaine, celle-là même qui l’avait chassé. Un soupir fatiguée s’échappa de ses lèvres de parchemin et le malade se leva avec difficultés, grimaçant sous l’assaut des douleurs articulaires. Les ans le rattrapaient et il doutait de pouvoir remporter cette course. Allait-il mourir comme un simple homme ou se fondre en harmonie avec la Nature comme l’esprit élevé qu’il croyait être ?

Il sortit de sa masure, respirant à pleins poumons l’air matinal bruissant de l’odeur de la rosée. L’ambition frénétique des mortels pour accéder à la richesse et à la notoriété était pour lui une énigme, un non-sens. La Nature faisait preuve de bien plus de prodigalité et de générosité. Ses yeux bleus se portèrent vers l’horizon. Le ciel, d’ordinaire d’un bleu électrique, se faisait peu à peu croquer par la grisaille. Le ciel d’été faiblissait, courbait l’échine face aux nuages menaçants. Il ne leur faudrait que quelques instants pour tout envahir, s’abattre sur le monde et déchirer la Terre. Qui périrait et qui survivrait ? Il pouvait parier que les délicates feuilles d’arbres, que l’humanité piétinait sans vergogne, représentaient le futur, la prochaine espèce supérieure qui n’attendait que la disparition de ce parasite grouillant.

Ce serait magistral, puissant. Dévastateur. Il s’approcha du bord du pic et ouvrit les yeux pour embrasser sa montagne adorée, si belle dans sa robe végétale !

Un, deux, trois coups de tonnerre.

Le ciel était désormais noir d’encre et grondant. Une goutte de pluie tomba sur sa nuque découverte, offert à la fureur des éléments.

D’un cri théâtral, il se jeta dans le vide. Le ciel, touché, déchiré, pleura à grandes eaux.

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    • Eluard est également mon poète préféré, j’ai à peu près tout ses livres chez moi, que je lis quand j’ai le blues. Le vers que je préfère, de lui, c’est « à moitié petite, la petite montée sur un banc ». Je ne saurais expliquer pourquoi !

Bla ? Blablabla !

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