Ultime bataille

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Le soleil venait juste d’atteindre son zénith lorsque les deux combattants pénétrèrent dans l’arène, chacun par une porte différente. A peine le pied posé sur le sable, leur regard s’accrochèrent où défi et rage se côtoyaient.

A la plus haute loge, dominant l’arène, se trouvait la Reine. Debout, souveraine, elle étincelait dans sa robe immaculée. Les deux adversaires vinrent lui faire face, solennels dans leur démarche et droits dans leur posture. Engoncés dans leur casques et leur lourdes armures, nul n’aurait su dire qui d’un homme ou d’une femme saluait la Reine. Cette dernière observa gravement leurs saluts, le cœur déchiré par le futur rougeâtre qui se dessinait en pointillé sur le sable.

– Ayez à l’esprit que de ce combat dépend l’avenir de votre reine. Nous avons tenté la négociation mais aucun de vous n’a cédé, campant sur ses positions. Écoutez ! Ainsi parle votre Reine : votre dilemme se règlera par les armes.

La foule rugit, applaudissant à tout rompre ce court discours, excitée par ce qu’elle voyait comme un simple divertissement. La Reine se rassit silencieusement et une larme solitaire s’échappa alors qu’elle contemplait les belligérants qui se mettaient en position de combat.

– Jusqu’à la mort, murmura-t-elle.

Et la fureur de l’acier se déchaîna.

*

L’arène hurlait face au duel splendide qui se jouait sous ses yeux. Les adversaires étaient désespérément égaux et leur lames avaient beau s’entrechoquer, aucun ne prenait l’avantage. Le temps semblait suspendu, dans l’expectative que tout prenne fin. Le sable volait autour d’eux, nuage ténu qui les séparaient de la foule fiévreuse. Seule une tâche blanche guidait leur raison et leur motivation. Pour elle, il n’y aurait aucun répit, aucune ruse. Seule la vérité surgira du sang.

Les minutes s’écoulaient de plus en plus lentement sous l’effort et la sueur qui brûlaient les yeux.

De son perchoir, la Reine retenait son souffle, aussi tendue que la corde d’un arc. Tantôt elle souhaitait la victoire de l’un, tantôt de l’autre. Déchirée, souffrant à chaque coup d’épée, elle ne savait fixer son choix. C’était la raison pour laquelle elle avait exigé ce combat. Si elle ne pouvait trancher, la mort le ferait pour elle.

Un cri sauvage en provenance de la foule la tira de son égarement fugace. Un des combattants venait de passer outre la garde de son adversaire et entreprenait méthodiquement de briser ses résistances. Et il réussit. Défait, le perdant chuta à terre. Vaincu, courbé, l’Amour se livra à son ennemi sans résistance. L’Oubli, vainqueur, embrocha le cœur de sa Némésis sur le fil de son épée. Au lieu de jets de sang, ce furent des images floues qui s’échappèrent de la blessure béante. L’Amour s’effondra, exsangue, et le sable retomba avec grâce autour de lui, recouvrant son corps qui disparaissait peu à peu.

Du haut de son perchoir, la Reine repoussa ses larmes et un soupir s’échappa de ses lèvres rosées, expulsant par ce souffle léger tout sentiment que l’Oubli avait chassé.

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