La balade en diagonale

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Pour ceux qui ont loupé l’évènement (sacrilège ! 🙂 ), voici mon texte qui apparaît dans le numéro 3 du Petit Pâté illustré. Illustré avec brio par Ophélie Paris. N’hésitez pas à feuilleter ce magazine assez foufou, remplit de talents ! 🙂

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Sous l’assaut frénétique de mon réveil, j’ai fini par capituler et émerger de mon délicieux repos. Je me suis frotté les yeux, finissant ainsi de chasser ces poussières de sommeil qui collaient mes paupières. Je me suis rapidement habillé, enfilant une jupe de feuilles de chêne et un haut en fibre de noix de coco ; sans oublier le classique poireau, glissé à la ceinture.

J’étais fin prêt pour affronter cette nouvelle journée. Serait-elle tonitruante ? Excitante ? Rocambolesque ? En demi-teinte ? Les crayons décideront.

Je fermais derrière moi la porte de mon arbre, afin que les chats ne viennent pas en catimini jouer du piano ou se cacher dans mes cartons. Ils n’imposeront pas leur pouvoir chez moi ! Distraitement, je saluais Irène, ma voisine qui voletait au-dessus de moi. Elle devait certainement se rendre à son cours de facéties, donné par l’illustre Kowagi le farfadet. Avec un soupir blasé, j’imaginais à quel point mes prochains jours allaient être difficiles.

J’enfilais mes souliers de 27 lieux, attachés sagement au buis d’amarre, près du sentier. Leur dernière fugue me restait encore au travers de la gorge et je préférais être prudent. Les traces de dents sur le filin d’araignée confirmèrent ma décision. J’avais bien fait ! Ces souliers étaient pratique -grâce à eux j’allais d’un bout à l’autre du pays rapidement et sans fatigue- mais particulièrement capricieux. Mes destriers enfourchés, je me rendis au Meme-orium où ma directrice en chef devait me donner les indices pour ma prochaine recherche. J’avais été très rigoureux et inventif la dernière fois, par mon travail la science avait avancé sur l’algorithme cheveux-shampoing-fille. J’espérais une promotion, je visais quelque chose de plus subtil. C’était cela qui rendait la recherche du meme passionnante : la diversité.

Perdu dans mes pensées, je me rendis compte que mes souliers m’avaient emmené au bon endroit. Quelle étrange docilité aujourd’hui ! Je lissais ma jupe de feuilles froissée par le vent, accrochais mes compagnons au buis d’amarre et entrais la démarche fière sur mon lieu d’emploi. Ma directrice était dans le hall, écoutant avec compassion le compte-rendu d’un chien qui n’avait aucune idée de ce qu’il faisait. A ma vue, elle congédia le pauvre diable et vint à ma rencontre. Sa robe d’oiseaux eut un temps de retard et j’eus le loisir de pouvoir admirer les pages de livres qui couvraient son corps aujourd’hui. Cette femme savait tout, absorbant toute les connaissances qui se baladaient près d’elle. Je remarquais un audacieux papier sur une méduse immortelle. Fascinant !

– Lexibor, enfin vous voilà ! J’ai un gros coup pour vous, un très gros coup.

Mon coeur se gonfla de fierté à ces mots et je la gratifiais d’un chaleureux salut. J’étais frénétique, impatient. Quelle serait ma quête ?

– Soyons clairs, il ne s’agit pas d’un meme.

La déception me fusilla avec violence et j’eus beaucoup de difficulté à contenir mes émotions.

– Coloriez votre visage mon ami. Ce que je vous offre est encore mieux. C’est un étrange oiseau bleu, dont le gazouillis serait très bref. J’ai très peu d’informations, on est à la limite de la réalité et du mythe, un mélange de légende et d’hoax.

Mes yeux pétillaient d’arc-en-ciel, cette quête était extraordinaire ! J’allais rentrer dans l’Histoire avec un Grand, Grand H. Ma directrice finit par prendre congé et fila prendre sa fusée à moutons, direction le Congrès des Magiciens Farceurs. Mon attention se détourna vite de la vie endiablée de ma directrice pour prendre à bras le corps mon mystère. Me saisissant du téléphone du standardiste italien, plombier à ses heures perdues, j’appelais Macha du service cartographie afin d’avoir la dernière mise à jour du monde. Ce serait stupide de se perdre dans les flux à cause d’une mauvaise préparation ! Sitôt demandée, sitôt délivrée, je pus entamer mon périple, poireau à la ceinture, carte sous le bras.

Mes souliers dociles m’aidèrent à avaler rapidement les kilomètres de la map. Les chemins s’enchaînaient et je pus croiser de nombreux personnages haut en couleur qui resteront gravés dans ma mémoire. Comme cet homme nu qui se baladait inexorablement en arrière plan ou encore ces habitants d’un village incongru, plus mal habillés que je n’aurais pu l’imaginer. J’avais également lâchement baissé les yeux et accéléré ma course en croisant le lynchage de deux jeunes troubadours. Naïfs, ils s’étaient exposés aux oreilles de la foule avant d’avoir mûris. Vindicative, exigeante, celle-ci répondait avec une violence inouïe.

Brusquement je m’arrêtai, l’émotion me serrant le ventre. J’étais face à un majestueux saule pleureur dont les longues branches tombant avec grâce caressaient le sol. Derrière ce rideau végétal se trouvait l’ultime sentier vers l’oiseau bleu. Vers ma consécration. Fermant les yeux de ravissement, je franchis le dernier obstacle … et butais contre une pancarte de bois moulue. Estomaqué, j’eus du mal à déchiffrer l’inscription fatiguée.

« 404 Not Found ».

Et merde …

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  1. Bon c’est moche je suis vraiment impardonnable mais il faut que je te dise que je lis en cachette ton blog très régulièrement et que je n’avais pas encore laissé de commentaires je suis vraiment vilaine parce que les commentaires c’est encourageant, les commentaires c’est motivant, ça fait du chaud dans nos petits coeurs et ça nous prouve qu’on fait pas tout ça pour rien.
    Donc voilà j’essayerai de le faire régulièrement mais je voulais déjà te crier toute mon admiration et te dire que ce que tu fais c’est remarquable. Je suis très très admirative des gens qui arrivent à écrire aussi bien que toi.
    voilà pleins d’arcs en ciel sur toi et ton talent.

    • Ok. Je crois que je me remettrais JAMAIS de ton commentaire. :’) Je suis vraiment, vraiment touchée !
      Après, je suis également admirative de tes dessins, tu dessine très bien 🙂 (personnellement, mon niveau de dessin est équivalent à un enfant de maternelle). D’ailleurs, je pensais justement te proposer de participer à un projet d’illustrations de nouvelles que je coordonne, c’est un projet avec PLEINS de filles et je me suis faite planté par des dessinatrices et je me retrouve avec deux nouvelles sur les bras sans dessin 😦 Du coup, si ça t’intéresse, je serais super fière de te compter parmi les participantes 🙂

Bla ? Blablabla !

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