Le chant du vieux fou (VII)

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Comme chaque semaine, je répond présente au défi d’Olivia Billington, ravie de pouvoir continuer l’histoire dans laquelle je me suis lancée.  Voici un petit résumé : Un mystérieux cataclysme, mêlant tempêtes et explosions nucléaires, avait ravagé la terre. En même temps que la terre se déchirait, une étrange enfant aux oreilles pointues et aux cheveux pâles vit le jour. Ainsi naquit Morgane, que ses parents voulurent protéger en s’enfuyant au coeur de la montagne. Vingt-ans après, le nourrisson a grandit bon gré mal gré à cause des privations de leurs conditions de vie. Amoureuse de sa forêt rachitique, Morgane aime s’y promenant contre l’avis de ses parents. Elle était loin de se douter au milieu de cette forêt vide de vie, elle trouverait une sculpture de bois, dont l’existence même heurtait l’écoulement tranquille de sa vie.

**

Morgane abandonna avec précaution son couchage, tendant l’oreille pour être sûre que le sommeil retenait toujours ses parents. A tâtons, elle sortit de la bicoque plongée dans un noir infini, en prenant la peine auparavant de saisir la fleur trouvée dans le forêt. Elle referma la porte avec douceur et se laissa aller contre elle, le dos en contact avec ce bois si familier. Elle attendit, aussi immobile qu’une pierre, que ses yeux puissent s’habituer à la faible lumière perçant la brume. Elle put enfin discerner le décor qui s’étalait aux alentours, même s’il ne se composait au final que de quelques silhouettes éparses, aux contours brisés. Elle plongea ses pieds dans la terre sèche, savourant le contact de celle-ci sur ses remuants orteils. Ainsi bien installée, elle porta son attention sur la mystérieuse fleur de noyer qu’elle avait trouvé dans les bois, sculptée avec un talent indéniable. Elle n’avait pas parlé de son existence à ses parents. Comment réagiraient-ils si elle leur annonçait qu’en plein cimetière végétal, éternellement vide de vie, elle avait trouvé cet objet incongru ? D’autant plus qu’elle l’avait découvert dans les bras de son chêne, lové comme un amoureux, alors qu’elle prenait ce chemin quotidiennement. Une farce de son arbre ? Était-ce un dernier cadeau, se sachant condamné comme tous ses semblables ? Morgane pensa avec douleur à l’idée que sa mère les rejoindraient bientôt. Ces derniers jours elle avait beaucoup toussé et elle était de plus en plus livide. Ses gestes, d’habitude si aimants, s’étaient ralentis. La brume s’accrochait à elle, sournoisement. L’air vicié la tuait chaque jour davantage, comme il attaquait leur maigre pitance. Leur vie n’était qu’une scène pathétique de survie. Ce soir, Morgane voudrait plus que tout réussir à fermer son cœur pour se protéger de la tempête à venir. Son père survivrait-il à la mort de sa bien-aimée ? Et s’ils disparaissaient tout les deux, que devenait-elle ? Devrait-elle se résoudre à partir pour trouver d’autres humains, se construire un nouveau foyer ? Trouverait-elle la douceur d’un conteur qui réussirait à lui rappeler la légèreté des mots de sa mère ?

Morgane soupira, la tête tournée vers le ciel emmuré. Il paraîtrait que ses cheveux ont la couleur de la Lune au firmament, néanmoins elle n’avait jamais eu la chance d’observer ce phénomène. Elle restait un personnage anonyme qui souffrait de la comparaison avec une vie qui disparaissait. Et ces Autres, de quelle couleur était leurs cheveux ? Elle n’avait jamais vu d’autres visages que ceux de ses parents. Sa mère lui avait raconté que le Soir, lorsqu’ils avaient fuit, ils avaient décidé de s’isoler. Cette discussion l’avait beaucoup marqué, elle s’en souvenait clairement malgré les années écoulées. Elle voyait encore les traits inquiets de sa mère qui lui affirmait que le chaos avait cette faculté intrinsèque de révéler les plus bas instincts humains. Eline avait eu peur pour sa fille, à cause de son physique surprenant. Qu’est-ce qui aurait pu déranger ces Autres ? Ses oreilles plus pointues que celles de ses parents ? Ses cheveux ? Ce jour-là, Morgane avait osé émettre l’hypothèse qu’elle n’était pas extraordinaire. Peut-être qu’avec le Soir, il y avait eu d’autres enfants comme elle. Victor avait balayé son intervention d’un geste désinvolte et avait rétorqué que le monde était seulement remplit de cons. Malgré l’air frais, Morgane sourit sous la caresse de ce souvenir qui révélait toute la délicatesse de son père. Avaient-ils raison ? Devrait-elle plutôt rester dans sa forêt, avec ses arbres, à lutter contre une mort invisible ?

Un frisson parcourut soudainement sa chaire. Elle se sentit observée. Une larme perla au coins de ses yeux verts. Au loin, un loup hurla.

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  1. Encore une fois, ton histoire est pleine de mystères. C’était un texte très émouvant et très bien écrit. J’étais vraiment dedans, aux côtés de Morgane, ressentant sa peine…
    Effectivement, tes mots sont bien placés ! Ils collent bien à l’ambiance générale.

  2. Pingback: Craquelures | Désir d'histoires

  3. Une seule envie : connaître la suite !
    Un petit conseil/suggestion : fais des paragraphes plus petit, ça facilite un peu la lecture. Mais c’est personnel. Bravo !

Bla ? Blablabla !

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