Improbables circuits

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Nombres sont les civilisations ou les courants de pensées qui ont voulu changer le monde, le créer à l’image de leurs rêves. Tous ont échoué, lamentablement pour certains. Pourquoi ? Pourquoi ce changement, malgré une volonté féroce, n’a-t-il jamais eu lieu ? Lina avait beaucoup étudié cette énigme durant sa longue vie et elle en avait conclut que cela tenait à peu de choses : l’imprévisibilité de la nature humaine. Si la force de l’humanité était sa diversité, c’était aussi sa faiblesse. Les machines n’ont pas de défauts. Elles s’étaient échappées du contrôle vacillant, avaient grandit et étaient devenus fortes.

Lina avait vu son monde sombrer dans le fanatisme pour finalement exploser en plusieurs champignons orangés. Autrefois sept milliards, la population ne comptait désormais qu’une poignée d’individus. Tout au juste quelques millions, disséminés sur la surface du globe. Mais que les écologistes ne s’emballent pas, la Nature, icône déifiée depuis la nuit des temps, n’a pas repris ses droits. Elle s’est d’autant plus ratatinée. C’étaient les machines qui régnaient, avec leur implacable logique et la similitude qu’elles possédaient. Remplaçables, multiples … Il n’y avait plus d’art, plus de passion, seulement une ligne droite sur laquelle le monde évoluait avec la précision d’un métronome. Les humains avaient tenté de se révolter mais là où ils s’éparpillaient en débats, en stratégies, les robots filaient sur leur but sans défaillir. Un seul objectif : la destruction. Qu’importe les pertes. Le temps avait passé, la survie avait remplacé la mémoire et peu de gens se souvenaient comment cette situation était apparue.

Lina, vieille femme à la jeunesse oubliée, remédierait à cela. Elle n’était qu’une ombre ridée et personne ne faisait attention à elle. Ses statistiques étaient perçues comme défaillantes par les machines et, par logique, ils ne s’occupaient pas plus d’elle que d’un vulgaire déchet. En effet, le corps de Lina était vieux, usé, fatigué. Inutile. Mais son esprit avait résisté aux privations et demeurait souple. Elle avait réfléchit, de toutes les forces qui lui restaient, et avait trouvé une solution. Une ébauche de miracle.

Si simple.

La nature humaine est imprévisible alors que celle des robots … Peut-on parler de nature ? Lina mobilisa ses dernières forces. Les siens mourraient les uns après les autres et elle ne voulait pas laisser ce monde sous la direction froide du métal. Elle ne voulait pas l’imaginer macérer, sans originalité.

Elle se glissa dans un des nombreux tuyaux d’un immense bâtiment glacial et rouillé, elle avait une seule idée en tête. Une idée simple.

Elle tomba nez à nez avec un petit robot, ressemblant à un tonneau avec des pattes. Une bizarrerie. Il lui donna un coup puissant sur la tête et Lina s’effondra, sa conscience s’accrochant désespérément. Le robot se pencha, analysa ses statistiques pour s’enquérir de son niveau de vitalité.

– Écoute robot, siffla-t-elle d’une voix presque éteinte, les paupières mi-closes. Écoute l’histoire d’une vieille cinglée, écoute ce que le monde entier a oublié. Ce que vous, robots, vous avez isolés dans vos circuits dégénérés. Qui vous a créé ? Qui vous a construit ? Nous ! Avec notre force ! Notre esprit ! Nous vous avons crée à notre image !

Après ce dernier cri, la femme s’effondra, sans vie. Cadavre qui deviendrait bientôt froid. Le robot était immobile. Enregistrant l’information afin de pouvoir la décortiquer. Quelle image ? Quelle force ?

Et pourquoi était-il stupidement là, à nettoyer de vieux tuyaux ? Ne valait-il pas mieux ?

Foutue nature humaine, perfide, s’insinuant partout. Quelle imprévisibilité.

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  1. De plus petits paragraphes, c’est mieux ! 😀
    En tous cas je lis avec plus de facilité.

    Un petit côté Matrix, non ? Les premières phrases m’ont fait très peur (un peu cliché), mais la suite est nettement mieux, même si la fin est un peu facile, je trouve. Cela dit, cela fait du bien de lire ce texte, plein de ce plaisir simple de conter. Bravo !

    • Effectivement, je trouve aussi que ce texte est trop « simple ». En fait je m’étais mis au défi (pourquoi ? Je ne sais plus, certainement une lubie de quelqu’un de mon entourage) d’écrire une histoire en 777 mots, qui soit plongée dans un univers futuriste (donc pas des tonnes de détails mais assez pour qu’on devine une profondeur). Bref, il faut qu’un jour je le reprenne 🙂

  2. Je le trouve pas si mal, ce texte, surtout écrit dans un défi de 777 mots ! Inutile de toujours vouloir tout dire, ou trop en dire, laissons la place à l’imaginaire du lecteur. En revanche, ce qui me gêne, c’est l’emploi des temps complètement fantaisistes, de mon point de vue ! Détail mineur, néanmoins. L’important, c’est d’écrire !

Bla ? Blablabla !

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