Le chant du vieux fou (XI)

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Avec du retard cette semaine pour le défi d’Olivia Billington, ravie de pouvoir continuer l’histoire dans laquelle je me suis lancée.

Voici un petit résumé : Un mystérieux cataclysme, mêlant tempêtes et explosions nucléaires, a ravagé la terre. En même temps que la terre se déchirait, une étrange enfant aux oreilles pointues et aux cheveux pâles vit le jour. Ainsi naquit Morgane, que ses parents voulurent protéger en s’enfuyant au coeur de la montagne. Vingt-ans après, le nourrisson a grandit bon gré mal gré à cause des privations de leurs conditions de vie. Amoureuse de sa forêt rachitique, Morgane aime s’y promenant contre l’avis de ses parents. Elle était loin de se douter au milieu de cette forêt vide de vie, elle trouverait une sculpture de bois, dont l’existence même heurtait l’écoulement tranquille de sa vie.  Peu de temps après cette étrange découverte, elle rencontra Nanouck, jeune garçon solitaire accompagné de son loup blanc, Amarok.

Ils marchaient sans fin, se levant avant le soleil et se couchant après lui. Un silence amical régnait entre eux pour leur épargner l’âcre violence de la soif auquel une discussion les soumettrait. Morgane s’était rapidement mis en tête de se fabriquer une arme de défense adaptée, la dague que Nanouck lui avait offert lui posait plus de souci que de soulagement. Elle frémissait en touchant sa lame du bout des doigts et celle-ci embaumait. Un parfum dérangeant, loin de l’arôme enveloppant du bois se dégageait de l’acier étincelant. Elle craignait dans ces reflets froids la présence quelques mauvais génie qui pourrait s’échapper et la noyer d’histoires rougeâtres.

Les jours passaient et se ressemblaient, exception faite du paysage qui se métamorphosait peu à peu, apportant de nouvelles senteurs à leur univers. Au fur et à mesure qu’ils quittaient les montagnes et leurs sources cachées, la forêt s’effaçait pour laisser place à des plaines désolées, pratiquement nues. Une longue bande de goudron fossilisé, brisé en de multiples endroits, s’étendait maintenant sous leurs pieds. Elle semblait n’avoir aucune limite, elle serpentait sans fin devant leurs yeux, représentant l’ultime soupir d’un monde momifié.

Les deux comparses n’avaient aucune idée de la direction qu’ils devaient emprunter pour rejoindre la cité miroitante au bord de l’eau, pavée de lavande mauve chantante. Ils se contentaient alors de suivre le serpent qui peignait la terre, droit vers le Sud. Trouveront-ils des grains de signes déposés que leur route ? La métaphore frappait Morgane qui tentait d’attraper un souvenir flou, une histoire qui se délitait dans son esprit. Elle s’enfuyait avec la voix de sa mère dans des limbes inaccessibles. Luttant contre l’émotion, elle releva le menton avec autant de fierté qu’il lui était possible et apostropha Nanouck. La lumière était faible et la pénombre allait totalement s’abattre sur eux. Ils devaient s’arrêter et établir à l’endroit même leur refuge nocturne.

Ils étaient en train de s’installer lorsque Amarok se mit soudainement à grogner. Affolée, Morgane scruta les alentours, essayant de distinguer autre chose que les pierres, les arbres fantomatiques ou encore les trous lunatiques. Malgré son ouïe développée, elle n’entendait rien. Maladroitement, la jeune fille dégaina l’effrayant dague et la pointa face à elle en tremblant. Elle enragea contre sa lenteur qui l’avait empêché de finir son arc. Larmes aux yeux, elle sentait son courage faiblir. En territoire inconnu, jamais elle n’avait dû à faire face au vide silencieux alors qu’un compagnon prévenait d’un danger. Le contact du dos de Nanouck contre le sien la fit sursauter. Grâce à un coup d’oeil en arrière, elle put voir qu’il tenait également son arme devant lui. Il ne tremblait pas, sa main devait être ferme. Elle imagina sans peine ses yeux en amande plissés et attentifs, le regard plus dur que le roc. Alors qu’elle tentait de dompter sa terreur, son attention fut attirée par les subtils mouvements que produisait le corps de son compagnon.

Elle n’eut néanmoins pas le loisir de se pencher sur cette sensation car au même moment, trois silhouettes surgirent de l’ombre, découpés en ombre chinoise dans la lumière déclinante. Cette vision écoeura Morgane, un sentiment profond bien éloigné de la douce surprise qui l’avait saisit lorsqu’elle avait découvert Nanouck. Un de hommes était aussi grand que son père et les deux autres étaient plutôt trapus. Tous étaient crasseux et abîmés, et aucun ne possédait de cou. En ricanant, les intrus les encerclèrent, gardant un bon mètre de distance pour pouvoir admirer leur proie à loisir. Amarok avait le poil hérissé et ses crocs luisaient à la faible lueur du coucher. Il ne semblait malheureusement pas les effrayer, ils riaient même de lui, le pointant de leurs doigts mangés par les vers.

L’un d’eux s’attardait particulièrement sur Morgane. Un frisson de dégoût la parcourut lorsqu’il passa sa langue sur ses lèvres et elle sut instantanément qu’elle défendrait chèrement sa vie pour éviter que cet homme ne la touche.

– Jolies oreilles … Jolie, jolie poupée …, maugréa-t-il d’une voix sifflante aux accents inhumains.

Comme si ses paroles constituaient un code, les trois intrus se jetèrent de concert sur eux. Envahie par sa surprise et son absence de préparation, Morgane ne put que donner des coups certes furieux mais vains, déchirant le vide au lieu de la chaire, déclenchant ainsi l’hilarité de son adversaire au regard brillant. Épouvantée, elle cherchait le soutien visuel de ses compagnons. Chacun d’eux étaient engagés dans une danse mortelle, bondissant, mordant, coupant ou frappant. Néanmoins, ils échouaient à prendre l’avantage, affaiblis par la longue marche de la journée. A la suite d’une tentative malheureuse de sa part d’atteindre l’homme qui l’agressait, ce dernier lui décocha un violent coup de poing sur la mâchoire. Elle chuta à terre sous la violence du choc et resta sonnée une poignée de secondes. Pleurant de rage, elle tentait de partir en reculons pour mettre le plus de distance possible entre elle et la masse humaine informe qui s’approchait de plus en plus, un sourire narquois sur les lèvres.

– Morgane !, hurla Nanouck.

Le cri de son ami avait éventré le ciel et les inflexions de désespoir qu’elle nota lui indiqua qu’il était traversé par les mêmes pensées. Elle allait mourir là, dans une terre asséchée, inconnue, loin de sa forêt, sans avoir pu comprendre le mystère de sa vie. Elle tenta de dégager les cheveux qui s’étaient collés à son menton, rigidifiés par le sang qui s’en échappait, pour pouvoir affronter son assassin et le regarder droit dans les yeux. Ce dernier s’agenouilla auprès d’elle avec lenteur. Savourait-il le moindre de ses gestes ? S’attendant à un coup fatal, Morgane fut décontenancée lorsqu’il caressa avec tendresse ses oreilles. Ce geste inapproprié lui fit aussi mal que sa blessure au visage et elle eut la nausée. En outre, son haleine empestait.

– La touche pas, susurra Nanouck d’une voix glaciale.

L’interpellé se retourna avec un sourire carnassier qui se transforma en ricanement lorsqu’il vit le jeune homme se mettre à danser. Il oublia instantanément Morgane pour se joindre à ses comparses.

Amarok apparut comme par magie aux côtés de la jeune fille, léchant son visage avec précaution. Il ne semblait nullement étonné par le comportement de son maître. Morgane s’accrocha à ses poils, le cœur battant à tout rompre. Elle sentit néanmoins, au plus profond de son être, qu’elle ne devait rien faire et ne pas bouger. Cette immobilité que lui soufflait son instinct la révoltait mais elle prit la décision difficile de l’écouter et de contempler la scène en spectatrice extérieure.

Les vagabonds riaient à gorge déployée mais n’osaient pourtant approcher. Quelque chose semblait les retenir. La jeune fille regarda attentivement son compagnon pour déceler ce qui, dans son étrange ballet, maintenait à distance leurs adversaires. Estomaquée, elle se rendit compte que Nanouck ne bougeait pas uniquement ses membres, il se mouvait jusqu’au tréfond même de son corps, comme si ses os se secouaient et s’entrechoquaient. Il vibrait de plus en plus, le visage fermé et dénué de toute expression autre que la détermination froide.

– Bon, yen a marre, déclara soudain un des hommes qui sentait sa superbe s’ébranler.

Et la terre se mit à trembler.

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