La femme de papier, de Françoise Rey

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J’avais envie aujourd’hui de vous parler de La femme de papier, de Françoise Rey. La littérature érotique n’a pas forcément ses lettres de noblesse. Je ne vois que peu de chroniques de ce genre sur les blogs littéraires. Jugée parfois trop agressive ou encore trop pauvre, on la compare à un film porno, comme si ce n’était que des lettres que nous consommions et nous jetons. Et là encore, ce serait nier la complexité de la pornographie depuis qu’elle existe.

La littérature érotique possède elle aussi, si l’on ose chercher, des œuvres touchantes et bouleversantes. Nous avons tous à l’image les mots (preuve que pornographie visuelle et écriture se mêlent !) du Marquis de Sade qui, même si je l’apprécie beaucoup, peut effectivement crisper. Pourtant, au delà de l’imaginaire sexuel fantasque, c’est une véritable critique de la société et des enjeux de pouvoir que l’on voit en filigrane dans ses livres. Dans La femme de papier, le sentiment est le même. Découpé par chapitres, chacun aborde un fantasme, une idée, tout en mettant en scène la longue lettre qu’une femme envoie à son amant. Cela permet de faciliter la lecture aux plus timides, pour leur permettre de sauter, sans mauvais jeux de mots, ceux qui les perturbent trop. Et donc, bien plus que scènes de sexe et d’envies, c’est une douleur sourde sur l’attachement, l’amour qui se décline au fil des pages. Une fuite inexorable avec le quotidien en toile de fond, figure pouvant paraître si cauchemardesque.

Et puis parce qu’un livre ne se présente que mieux par lui-même, voici quelques extraits qui vous permettront d’apprécier l’écriture lumineuse et poétique de l’auteure.

 

« Donne-moi ta main, ta main carrée, plus grande que la mienne, plus chaude aussi, et qui n’a jamais eu la patience d’apprendre à être assez douce »

« Tous les jaloux te le diront : le plus terrible de leurs souffrances, ils le doivent à l’imagination »

 

« Tu peux trembler, tu sais, je vais t’emmener où tu n’es jamais allé, et tu n’en reviendras que rompu, brisé, émerveillé, épouvanté … Pour la première fois, c’est moi le capitaine du vaisseau, c’est moi qui t’invite au voyage, à la tempête, à l’enfer … Je t’aime tant que je vais m’appliquer ce soir à te haïr, à te mépriser, à me servir de toi, à te réduire. »

 

« Quel mauvais génie t’inspirait alors ? Quel diable te poussait ? J’ai vu luire dans tes yeux un éclair méchant, et nous avons pensé tout les deux au même instant à ce marquis génial et détraqué, divin et satanique, qui marqua la littérature de son imagination sauvage, raffinée, de ses fantasmes hallucinés… […] Je voulais savoir jusqu’où tu pouvais aller, et moi avec, jusqu’où pouvait aller l’amour du bourreau pour sa victime, et de la victime pour son bourreau, je voulais triompher avec toi de la banalité et du tabou ensemble, je voulais t’offrir ma résignation comme un joyau hors du commun, et me damner avec toi plutôt que renoncer … Je voulais devenir ta créature, je voulais devenir ta Justine »

 

« Pour moi, tu es Djamel, Mohammed, Ali, n’importe, tu es l’enjeu d’un pari un peu fou, un fruit tentant si aisément cueilli, un petit prince de banlieue, un petit rasta aux cheveux de laine, au blue-jean pâli, et sur ta bouche, c’est tout ton pays que j’embrasse, le regret des palmiers que tu ne connais pas, la douleur de l’exil, la misère de traîner dans des couloirs pisseux dHLM déglinguées, de trousser sans victoire des filles dans la cave, toi dont le regard sombre de fier Touareg était fait pour scruter des horizons de sable, et pas des tas d’ordures… »

 

« J’ai peur que tu aies froid, à voir ton corps déjà pris dans les glaces  à voir dans tes iris les reflets d’un iceberg »

 

« Car parmi toutes mes exigences, parmi toutes mes banalités, il y en a encore une, impossible, utopique, enivrante : être la première, la première quelque part pour toi, la première et la seule peut-être, la plus, la moins, la superlative, celle qui éclipse de sa présence et de ses mots, de son amour et de sa ferveur, toutes les autres … »

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