La chant du vieux fou (XVII)

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Chaque semaine je participe au défi d’Olivia Billington, ravie de pouvoir continuer l’histoire dans laquelle je me suis lancée (quand ma vie me laisse un peu de répit. Oui, formation, stage, mémoire, dossier-de-la-mort-qui-tue-de-trente-pages c’est à vous que je m’adresse)

Résumé : Un mystérieux cataclysme, mêlant tempêtes et explosions nucléaires, a ravagé le monde. Alors que la terre se déchirait, une étrange enfant aux oreilles pointues et aux cheveux pâles vit le jour. Ainsi naquit Morgane, que ses parents voulurent protéger en s’enfuyant au cœur de la montagne. Vingt-ans après, le nourrisson a grandit bon gré mal gré à cause des privations de leurs conditions de vie. Amoureuse de sa forêt rachitique, Morgane aime s’y promenant contre l’avis de ses parents. Elle était loin de se douter qu’au milieu de cette forêt vide de vie, elle trouverait une sculpture de bois, dont l’existence même heurtait l’écoulement tranquille de sa vie.  Peu de temps après cette étrange découverte, elle rencontra Nanouck, jeune garçon solitaire accompagné de son loup blanc, Amarok. Après la mort de ses parents, elle décida de l’accompagner et de le suivre dans sa quête d’une mystérieuse ville où la brume ne dévorerait pas les poumons des gens. Celle-ci s’avèrera moins calme que prévu.

Ils rencontrèrent sur leur chemin Vaiana, une jeune fille solaire et elle aussi porteuse d’un pouvoir étrange qui lui permet de connaître l’histoire d’un objet seulement en le touchant. Une relation complice nait rapidement entre les deux jeunes femmes et Vaiana décide de les suivre dans leur quête. C’est ainsi qu’ils croisèrent la route de Yumi, une inconnue qui saurait où se trouve la cité qu’ils recherchent.

**

Un profond silence s’abattit sur leur modeste assemblée. Les mots de Yumi résonnaient encore de manière grossièrement dramatique à leurs oreilles. Morgane ne savait pas comment réagir face à cette ténébreuse jeune femme, qui venait de leur révélait qu’elle savait voler. Dans roman avait-elle atterri ?

– Chacun ses petits secrets …

– Et quand part-on ?, s’interrogea Morgane d’une voix qu’elle espérait claire et assurée.

– Demain.

Passé ce déconcertant dialogue de théâtre, la soirée s’effilocha sans plus de heurts, bercée par le crépitement du feu. Yumi leur dévoila tout ce qu’elle savait de la cité mystérieuse. Plus que ses mots, c’était son attitude de comédienne qui gênait Morgane. L’inconnue semblait jouer avec les sentiments qu’elle présentait. Elle racontait sa peur des autres, son excitation à découvrir cette ville inconnue de tout le globe terrestre, de sa jalousie quand elle rencontrait des gens qui avaient encore une famille. Mais elle ne faisait que ça, raconter, elle ne semblait pas le vivre. Et Amarok était toujours sur ses gardes, ce qui la confortait dans ses impressions.

Morgane finit par s’éclipser, mue par un profond désir de solitude. Ses pas rêveurs la menèrent jusqu’à l’ombre du palais abandonné. La jeune femme n’arrivait pas à percevoir la source de la fascination que le monument exerçait sur elle. Depuis qu’elle était arrivée dans cette ville, son regard convergeait immanquablement vers lui. Était-ce pour l’histoire qu’il portait ? Son apparente immuabilité ? Face à elle, une arche de ferraille dégondée, qui devait autrefois resplendir, dévoilant un chemin montant sur la butte couchée sur le mur ouest de l’édifice. Elle commença son ascension, son corps s’adaptant rapidement au changement de rythme. Elle se retrouva sur une corniche, avec une vue imprenable sur le fleuve sombre et ses alentours. Le vent continuait de souffler avec force, distillant la touche de lugubre qui paraissait manquer au tableau.

Les paroles de Yumi lui revinrent en mémoire. Elle leur avait rapporté tout ce qu’elle connaissait de la cité mystérieuse : ses habitants qui pouvaient tuer d’un seul regard ; leur taille gigantesque qui transformait la brume en couvre-chef ; une méconnaissance de la fatigue ou de la mort ; une technologie aussi vivante qu’un organisme humain … La vérité semblait s’être diluée, laissant le fantasme devenir le scénariste de leur temps. Comment une telle cité pouvait exister ? Au fond, pourquoi Morgane souhaitait-elle tant la trouver ? Pourquoi avait-elle quitté sa si jolie forêt rachitique ? Ses pensées vagabondes la ramenèrent à sa fleur sculptée. Celle-ci serait rattachée à une malédiction qu’un homme mourant aurait lancé à la face du monde. Était-ce pour cela qu’il était ainsi ? Par le simple désir d’un homme ?

– Tu es spéciale tu sais.

L’arrivée impromptue de Vaiana fit sursauter la jeune femme. Quittant son masque d’asociale, Morgane fut sincèrement ravie de la voir.

– Pas autant que toi !, répliqua-t-elle après un silence. Tu peux connaître l’histoire des objets par un simple toucher et alors que nous nous connaissons depuis si peu de temps, tu m’apparais déjà comme indispensable.

La confidence la fit rougir. Sa vie, depuis qu’elle avait quitté sa forêt pour suivre Nanouck, lui semblait longer un gouffre terrifiant près duquel elle vacillait sans cesse. Vaiana souriait de bonheur. Comment arrivait-elle à être si heureuse ? Cette dernière se glissa aux côté de Morgane pour chercher la chaleur chassée par le vent mordant. Les deux jeunes femmes regardaient dans la même direction, leur regard embrassant leur monde sans étoiles.

– Ce n’est pas moi qui connais l’histoire des objets, mais mes ancêtres. Tu sais, je suis la dernière de mon peuple. Mon fenua est loin, et surtout englouti par les eaux. Je suis là, face à toi, car ma mère a fui peu de temps avant le Soir. Les dieux lui avaient soufflé ce qui arriverait à nos îles. C’est comme ça que je suis arrivée ici.

– Et ta mère ?

– C’est le Soir qui me l’a dérobé … Depuis, c’est moi que les ancêtres guident. Le toucher me dévoile certaines histoires et mon chant me permet d’entrer en contact avec les miens.

– Au moins tu n’es pas seule !

– Si seulement ! Je ne peux pas utiliser ce don pour de mauvaises raisons. Il est trop dangereux de s’approcher de la caverne des morts pour une futilité.

– Tu crois que tu peux leur demander si Yumi est digne de confiance ?

– Je leur demanderai plutôt où la cité mystérieuse, si elle nous mène en bateau, répliqua Vaiana en riant.

– Cette fille m’effraie …

 

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  1. Pingback: L’abîme au bout des doigts (extrait V) | Olivia Billington

  2. L’histoire s’étoffe, ainsi que les personnages, que l’on commence à mieux connaitre. Effectivement, Yumi a un côté sombre qui inquiète. Sa présence est-elle indispensable pour que le petit groupe puisse progresser dans sa quête ?

Bla ? Blablabla !

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