La fièvre du samedi soir (suite et fin)

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Plutôt qu’un essayage en règle sur les fesses de toutes les femmes des environs, qui se révélerait sans aucun doute une entreprise trop compliquée, Hugo se mit en tête d’interroger le monde entier sur ce mystère. Son enquête ne mena à aucun résultat probant. Le jeune homme arpenta le village à la recherche de ses compagnons éphémères pour, à chaque fois, leur poser la même question : « étais-je accompagné hier ? ». Toute la journée il se faufila entre les vieilles maisons de briques rouges et remonta les allées ombragées de platanes. Il entendit continuellement les mêmes rengaines : « tu étais seul », « aucune fille ne t’a dragué », « tu as trop picolé mec ! ». Il se hasarda même à demander si ce n’était pas un homme qui l’avait renversé la veille au soir. Un homme fantasque qui aurait porté un joli sous-vêtement. Après tout ? La vie est expérience ! Toutefois, là encore, Hugo se heurta à un mur de négation, avec en cadeau des regards distants.

Il traîna longuement dans les rues lasses du village, où le temps semblait s’être suspendu depuis plusieurs décennies, sans trouver l’ombre d’une réponse. Seul le Mistral semblait l’accompagner sur l’asphalte.

La culotte bleue et son insaisissable propriétaire l’avaient hanté toute la journée. Il revint sur la plage dépeuplée. Face à lui, la mer semblait se moquer de sa quête absurde. Pourquoi s’attachait-il tant à trouver une réponse ? Il avait joué les apprentis détectives et n’avait récolté que des sourires en coin, un peu moqueurs. Pourquoi ne pas simplement profiter de cette sensation éphémère, grisante, qui l’avait saisi à son réveil ? Hugo n’arrivait pas à accepter ce mystère, la réalité de la délicate culotte bleue l’obsédait. Elle reposait entre ses doigts, à le narguer avec son existence tangible qui lui rappelait la béatitude du matin, celle qui ne ressentirait plus jamais s’il ne trouvait pas à qui ce vêtement appartenait. Instinctivement, son corps frémit sous le souvenir diffus d’une extase.

Qui s’était donc glissé dans son lit ? Dépité, un tantinet vexé par son échec, le jeune homme lança la culotte dans l’eau. À son contact, celle-ci explosa en une gerbe d’écume. Estomaqué, Hugo resta sans voix face à ce prodige. Un vent brûlant, surgissant du large, se leva pour l’envelopper chaleureusement. Caressant, le souffle gorgé d’embruns se lova dans son cou, puis s’infiltra sous son tee-shirt pour glisser sur son torse. Il frissonna sous ce contact étrange qui ne faisait que descendre de plus en plus bas, semblant vouloir ôter le bouton de son jean.

– C’est pas croyable …, murmura-t-il.

Avec le sourire serein de celui qui a trouvé des réponses, Hugo courut dans les bras de celle qui l’avait enivré la nuit précédente.

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  1. Nouvelle interessante… mais il est vrai que ca se finit en queue de poisson 😀 J’aurais vu une fin légèrement différente, mais pas de quoi tirer la « sirène » d’alarme 😉

    • Tu aurais vu quoi comme fin ? 🙂

      C’est vrai que c’est une petite histoire sans prétention (un défi de mon compagnon qui voulait que j’écrive une histoire d’enquête autour d’une culotte) à qui j’ai voulu donner un peu de l’aura du conte, de la légende. ^^

      • A toi de trouver, mais je l’ai sous entendu dans mon premier post… la sirène 😉
        Bon allez d’accord, je vais être sympa aujourd’hui. Mais ca sera du concis.
        Il jette a la culotte à la mer, tourbillon d’écume qui s’élève puis redescend pour laisser apparaître une sirène. Il s’avance les pieds nus (je ne me rappelle de sa tenue) dans l’eau à la rencontres de cette dernière. Elle ouvre ses bras pour l’accueillir. Il se serre contre elle pour ensuite venir l’embrasser. Dès que leurs lèvres se touchent, elle l’attire avec au fond des eaux… soit pour vivre d’amour et d’eau fraîche, soit pour servir de casse croûte… au choix

        • Effectivement, je n’avais pas pensé à la sirène ! J’étais restée dans une ambiance où la mer représente une entité à part entière, un personnage. De ce côté là, je crois que j’ai été influencé par les contes polynésiens de mon enfance 🙂

Bla ? Blablabla !

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