Archives de Catégorie: Les Mots des autres

Sornettes ou vérités, recueil de nouvelles du PJE

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PJE, késako ? Le Prix du Jeune Ecrivain, auquel je participe depuis 3 ans. Sans grand succès pour l’instant ! Mais les retours qui m’ont été fait m’ont toujours aidé, que ce soit pour progresser ou pour comprendre que les retours ne sont pas paroles d’évangile et sont profondément subjectif, surtout selon les habitudes de lecture d’une personne.

Bref. Chaque participant reçoit le recueil des nouvelles primées lors du concours de l’an passé. Celui de l’année dernière, Icare et autres nouvelles, ne m’avaient franchement pas emballé. Je crois que je ne l’ai même pas fini. Celui de cette année par contre, quelle joie ! Des nouvelles dynamiques, originales, maîtrisées avec des thèmes qui me parlent. J’ai repéré quelques noms que j’allais suivre (et en bonne fille de mon temps, je les ai tous googlisé pour trouver leur site/page quand ils en avaient une).

Bref, un modeste retour pour peut-être vous donner également envie de vous y plonger !

– Sornettes ou vérité ?, d’Erika Szewski

Le style est impeccablement maîtrisé, peut-être trop comparé à l’âge du narrateur au début du récit. Cela n’a pas été trop dérangeant dans la lecture. Je me suis attaché au narrateur, avec l’envie de découvrir la fin de son jeu aux allures de « Cap ou pas cap » de Jeux d’Enfants.

– Le fantôme de l’Escaut, de Carl-Keven Korb

Une nouvelle servie par une style remarquable. Pour ma part, les passages de l’histoire en latin m’ont dérangé : je n’y ai trouvé aucun lien avec la guerre (ainsi que l’origine du personnage, qui est québecois) et, de ce fait, ils donnent sans le vouloir un côté prétentieux au récit. J’ai eu l’impression, en tant que lectrice, d’être mise de côté. Une note de bas de page aurait été la bienvenue !

– Loup et Rouge, de Muhammad Aqiil Gopee

Ici la nouvelle se déploie comme une réécriture du Petit Chaperon Rouge. Et j’adore les réécritures du conte, donc c’était très agréable à lire. Le point de vue de la réécriture est plutôt intéressant en plus, il ne me semble pas en avoir déjà vu par rapport à ce conte (et je ne peux vous en dire plus, de crainte de vous spoiler !)

– Gamin, de Annabelle Moulin

Ma nouvelle coup de coeur. J’ai adoré. J’ai savouré tous les mots, agencés avec beaucoup de talent. L’histoire est celle de la rencontre entre un soldat et un enfant soldat d’un pays en guerre. La seule pour laquelle j’ai corné des pages pour recopier des passages, notamment ces quelques phrases :

 » Au fond de tes yeux se reflètent les battements de ton coeur. C’est la peur qui cogne. »

« Je les déteste, tous ces petits cons qui jouent à la guerre. Comment peut-on jouer à la guerre ? De quel droit ? »

– Barbe blonde, de Laure Didry

Une magnifique réécriture de Barbe bleue, servie par un style aérien et des décors épurés.

– Si la pluie, de Laurence Lanier

Cette nouvelle parle d’une rencontre, avec beaucoup de douceur et d’empathie. Les personnages bien dressés et je m’y suis attachée. L’écriture et l’histoire m’ont fait pensé à Alexandre Jardin, ce qui est de ma part un compliment ! Ma deuxième nouvelle coup de coeur.

– Saoirse, ou les voiles de la liberté, de Gabriel Abou Adal

Le thème, la course du Vendée Globe, est intéressant, plutôt original. Je crois bien que c’est la première fois que je lis une histoire de voiles qui n’ait pas comme personnages principaux des pirates. La nouvelle est bien menée mais c’est surtout la fin, et son message, qui m’a plu.

– Un tour au Birere, d’Augusta Barnabee Hakamineza

Sans dire que cette nouvelle n’a pas d’histoire, elle présente une tranche de vie plutôt qu’une fiction. Cette nouvelle est intéressante pour son côté voyage et découverte, mais sans plus.

– PGV, de Wendkouni John Steve Kaboré

Violente et sans concession, cette nouvelle sur le conflit rwandais happe par ses mots et ses nuances. Troisième coup de coeur.

– A propos du sel sur tes lèvres, d’Ethel Karksens

Une histoire d’amour contrariée, sympathique dans le fond mais la forme m’a un peu dérangé à certains moments (notamment les phrases très longues, pour donner un style oral au récit).

– Le manteau, de Manon Malais

L’histoire est très originale ! J’ai beaucoup aimé la place qu’occupe le vêtement dans la vie du personnage principal, et tout ce qu’il peut cristalliser. Ses accents de fantastique font plaisir. Néanmoins, j’aurais aimé un peu plus de matière, de déroulement dans l’histoire.

– La cordelette, de Guillaume Mélère

Je suis restée un peu à côté de l’histoire de cet homme étrange dont la difficulté à monter un store le plonge dans une certaine folie. Je n’ai pas réussi à y rentrer, tout en reconnaissant la beauté du style.

– Marcher dans tes pas, de Marie Schneider

Cette nouvelle aborde, au-delà de l’histoire d’une rencontre amoureuse, une réflexion chouette sur le désir, le mystère, le manque. Un texte qui sent l’océan et que j’ai beaucoup apprécié.

– Et il en fut ainsi, de Laurine Thizy

Troisième coup de coeur pour cette nouvelle très onirique et bourrée de symbolisme. C’est un style que j’apprécie énormément. Le parallèle avec Adam et Eve transparaît, il est reconnaissable, mais sait se faire discret et permet à l’auteure de dévoiler sa vision, son histoire.

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Lectures 2013

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L4année 2013 s’achève dans quelques heures (ou est déjà achevée pour certain compatriotes du bout du monde 🙂 ) et l’idée d’une rétrospective de mes lectures me plaît bien ! Malheureusement, compte tenu de ma formation, je n’ai pu lire que 34 livres et nouvelles, bien peu comparé à ma petite centaine de l’an dernier (et je n’ose même pas comparer à mon avant formation, aka quand j’avais une vie !)

Vous descendez ?, de Nick Hornby => Coup de coeur !

La femme de papier, de Françoise Rey

Fifi Brindacier, d’Astrid Lindgren => Coup de coeur ! (prévisible néanmoins, puisque j’adule la série qui a marqué mon enfance)

Si loin du monde, de Tavae

Antigone, de Sophocle

La planète des singes, de Pierre Boule => Coup de coeur !

Le monde perdu, de Sir Arthur Conan Doyle

Chroniques martiennes, de Ray Bradbury => Coup de coeur !

Simulacres, de Philip K. Dick

Petit déjeuner au crépuscule, de Philip K. Dick

Back boy, de Richard Wright => Coup de coeur !

La petite fadette, de Georges Sand

Polynesia, de Jean-Pierre Bonnefoy => Coup de coeur intergalactique pour ce livre qui offre la place d’héroïne à la Polynésie Française

La rêveuse d’Ostende, d’Eric-Emmanuel Schmitt

L’enfant de Noé, d’Eric-Emmanuel Schmitt

Barbe Bleue, d’Amélie Nothomb

Métaphysique des tubes, d’Amélie Nothomb

Le père porcher, de Terry Pratchett

Le choeur de femmes, de Martin Winckler

Esclave des sens, Psi-changeling, de Nalini Singh

Frankestein ou le promothée moderne, de Mary W. Shelley

Moderato Cantabile, de Marguerite Duras

Jane Eyre, de Charlotte Brontë => Coup de coeur !

Miso Soup, de Ryu Murakami

Energie Fossile, tome 1, de Julien Boyer => Coup de coeur ! (pour le premier livre auto-édité de ma vie 🙂 )

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes => Coup de coeur !

Dieu est un pote à moi, de Cyril Massarotto

Hunger Games 1,2 et 3, de Suzanne Collins

Epic, de Conor Kostick => Qui est passé pas loin du coup de coeur. Un Young Adulte terriblement efficace et malheureusement méconnu

L’étrange histoire de Benjamin Button, de Francis Scott Fitzgerald

Les agneaux du seigneur, de Yasmina Khadra

Le meurtre des nuages, de Lil Esuria

Emet, de Jean-Christophe Chaumette

A voyeur, voyeur et demi, de ChocolatCanelle

Nueva Jerusalem, de Cécile Chabot

La femme de papier, de Françoise Rey

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J’avais envie aujourd’hui de vous parler de La femme de papier, de Françoise Rey. La littérature érotique n’a pas forcément ses lettres de noblesse. Je ne vois que peu de chroniques de ce genre sur les blogs littéraires. Jugée parfois trop agressive ou encore trop pauvre, on la compare à un film porno, comme si ce n’était que des lettres que nous consommions et nous jetons. Et là encore, ce serait nier la complexité de la pornographie depuis qu’elle existe.

La littérature érotique possède elle aussi, si l’on ose chercher, des œuvres touchantes et bouleversantes. Nous avons tous à l’image les mots (preuve que pornographie visuelle et écriture se mêlent !) du Marquis de Sade qui, même si je l’apprécie beaucoup, peut effectivement crisper. Pourtant, au delà de l’imaginaire sexuel fantasque, c’est une véritable critique de la société et des enjeux de pouvoir que l’on voit en filigrane dans ses livres. Dans La femme de papier, le sentiment est le même. Découpé par chapitres, chacun aborde un fantasme, une idée, tout en mettant en scène la longue lettre qu’une femme envoie à son amant. Cela permet de faciliter la lecture aux plus timides, pour leur permettre de sauter, sans mauvais jeux de mots, ceux qui les perturbent trop. Et donc, bien plus que scènes de sexe et d’envies, c’est une douleur sourde sur l’attachement, l’amour qui se décline au fil des pages. Une fuite inexorable avec le quotidien en toile de fond, figure pouvant paraître si cauchemardesque.

Et puis parce qu’un livre ne se présente que mieux par lui-même, voici quelques extraits qui vous permettront d’apprécier l’écriture lumineuse et poétique de l’auteure.

 

« Donne-moi ta main, ta main carrée, plus grande que la mienne, plus chaude aussi, et qui n’a jamais eu la patience d’apprendre à être assez douce »

« Tous les jaloux te le diront : le plus terrible de leurs souffrances, ils le doivent à l’imagination »

 

« Tu peux trembler, tu sais, je vais t’emmener où tu n’es jamais allé, et tu n’en reviendras que rompu, brisé, émerveillé, épouvanté … Pour la première fois, c’est moi le capitaine du vaisseau, c’est moi qui t’invite au voyage, à la tempête, à l’enfer … Je t’aime tant que je vais m’appliquer ce soir à te haïr, à te mépriser, à me servir de toi, à te réduire. »

 

« Quel mauvais génie t’inspirait alors ? Quel diable te poussait ? J’ai vu luire dans tes yeux un éclair méchant, et nous avons pensé tout les deux au même instant à ce marquis génial et détraqué, divin et satanique, qui marqua la littérature de son imagination sauvage, raffinée, de ses fantasmes hallucinés… […] Je voulais savoir jusqu’où tu pouvais aller, et moi avec, jusqu’où pouvait aller l’amour du bourreau pour sa victime, et de la victime pour son bourreau, je voulais triompher avec toi de la banalité et du tabou ensemble, je voulais t’offrir ma résignation comme un joyau hors du commun, et me damner avec toi plutôt que renoncer … Je voulais devenir ta créature, je voulais devenir ta Justine »

 

« Pour moi, tu es Djamel, Mohammed, Ali, n’importe, tu es l’enjeu d’un pari un peu fou, un fruit tentant si aisément cueilli, un petit prince de banlieue, un petit rasta aux cheveux de laine, au blue-jean pâli, et sur ta bouche, c’est tout ton pays que j’embrasse, le regret des palmiers que tu ne connais pas, la douleur de l’exil, la misère de traîner dans des couloirs pisseux dHLM déglinguées, de trousser sans victoire des filles dans la cave, toi dont le regard sombre de fier Touareg était fait pour scruter des horizons de sable, et pas des tas d’ordures… »

 

« J’ai peur que tu aies froid, à voir ton corps déjà pris dans les glaces  à voir dans tes iris les reflets d’un iceberg »

 

« Car parmi toutes mes exigences, parmi toutes mes banalités, il y en a encore une, impossible, utopique, enivrante : être la première, la première quelque part pour toi, la première et la seule peut-être, la plus, la moins, la superlative, celle qui éclipse de sa présence et de ses mots, de son amour et de sa ferveur, toutes les autres … »

Citation

Les trois lois de Clarke (Arthur C. Clarke)

« Les trois lois de Clarke :
– Quand un savant distingué mais vieillissant estime que quelque chose est possible, il a presque certainement raison, mais lorsqu’il déclare que quelque chose est impossible, il a très probablement tort.
– La seule façon de découvrir les limites du possible, c’est de s’aventurer un peu au-delà, dans l’impossible.
– Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

Et donc, pour reprendre Jane dans Thor, « la magie n’est qu’une science qu’on a pas encore théorisé ».

Les lois de Clarke

Antigone, de Sophocle

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« Créon : Chez les humains, on n’a jamais produit d’invention plus néfaste que l’argent. L’argent détruit les cités comme le reste. Il chasse les citoyens hors de leur demeure ; il égare, en les dévoyant, les bons esprits, les honnêtes gens, jusqu’à les encourager à de détestables forfaits. Il apprend aux hommes à user de toutes ruses et à pratiquer l’impiété en toute occasion. »

« La sentinelle : La réflexion s’emploie souvent à démentir l’opinion. »

« Antigone : Et si je te parais agir en folle, peut-être aussi est-ce un fou qui me taxe de folle. »

« Hémon : Quiconque s’imagine être le seul à bien raisonner et prétend détenir le privilège de la parole et de l’intelligence, une fois qu’on l’a mis à nu, on s’aperçoit que ce n’est que du vide. »

« Le coryphée : La sagesse est de loin la première condition du bonheur. »