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La question des libraires indépendants

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Disons le tout de go : les libraires fiers de se revendiquer « indépendants » m’inspirent de la méfiance (1). Certainement à cause des mes expériences. Pourtant leurs difficultés à survivre face aux géants de l’industrie me touche. Et si j’en parle maintenant, c’est qu’aujourd’hui je suis encore sortie énervée de deux librairies. Fiers de cette étiquette, qui pourrait leur attirer la sympathie d’une grosse lectrice comme moi, elle a tendance à me faire fuir, malgré mes essais réguliers. Aujourd’hui, j’ai voulu découvrir deux librairies indépendantes, estampillées généralistes de ma ville. Verdict ? Un intérieur épuré, très blanc … très froid. Bon. Après, les goûts et les couleurs se discutent et j’admets facilement que la majorité du monde ne peut avoir les miens (sinon vous décèderiez d’une crise d’épilepsie provoquée par une multitude de couleurs et de formes mélangées). J’entre et c’est la colère qui monte. Comme d’habitude, le mot « généraliste » est bien pratique et se révèle plus ostracisant et snob qu’autre chose. Au fond, que veut dire cette expression « littérature généraliste » ?

Aucun rayon de SFFF, un rayon policier qui se résume à peau de chagrin. Partout la littérature contemporaine, classique. La « bonne » littérature. Je ne parle même pas de BD (ou PIRE, de mangas). Non, derrière ce terme « généraliste », ce n’est qu’une vision étriquée de la culture qui s’étale sous mes yeux. La SFFF ou le policier sont-ils des genres « spécialisés » ?

 

Je suis sortie énervée, déçue et j’ai l’impression que chercher une librairie vraiment généraliste se révèle être la quête du Graal. Voilà pourquoi, malgré ma sensibilisation à la cause des libraires, à l’importance d’éviter de tomber dans un monopole du livre par quelques uns, j’achète mes livres neufs à la Fnac. On peut me rétorquer « ah oui mais eux ils ont les moyens ». Est-ce réellement une histoire de moyens ? N’est-ce pas plutôt une histoire de choix de posséder ou non un rayon SFFF et policier digne de ce nom ? Je ne demande pas que chaque libraire possèdent l’ouvrage d’un obscur mec connu seulement des connaisseurs, mais au moins la base : Ray Bradbury, Tolkien ou encore Marion Zimmer Bradley, pour ne citer qu’eux. La question financière ne cache-t-elle pas un débat plus profond de la « vraie » littérature vs le reste, pour les gueux, les faux littéraires, ceux qui ne savent pas apprécier la véritable beauté des mots ? Mes deux genres préférés sont la Science-Fiction et la poésie et mise à part des grands (type Fnac ou Gibert Joseph), je n’ai jamais trouvé une librairie me proposant d’acheter ces deux genres qui me font vibrer, à un même endroit. Je suis de cette frange de la population qui achètent sur Amazon, car je suis une frange de la population que certains libraires nient. Quand j’entre dans ces enseignes pourtant conspués par certains radicaux de la littérature, je me sens respectée dans mes goûts et je vois toute la diversité de la population lectrice : qu’on soit une famille ou une bande de collègues, chacun peut trouver quelque chose qui correspond à ses goûts. Et si le livre recherché n’est pas présent, je n’en prend pas ombrage : personne ne peut tout posséder, mais au moins l’effort est fait de mettre en avant la multitude des genres qui existent. En libraires indépendants, pour trouver ce qui nous fait vibrer, mon mec et moi, nous sommes obligés d’aller dans des boutiques spécialisées (et dans ma ville c’est plus souvent de la BD, du comics ou du manga, peu de de SFFF en vue). Pas que ça nous déplaise, nous sommes toujours très bien accueillis, avec passion et conseils, mais malheureusement nous ne sommes qu’entre connaisseurs. Par cette étiquette « spécialisée » c’est toute une partie de lecteurs qui n’osent pas s’approcher. Et ça m’énerve. Encore une fois, quel sens pour « littérature généraliste », « littérature spécialisée » ? Les essais politiques sont pour moi des ouvrages spécialisés, la SF l’est-elle, en comparaison ?

 

Les libraires indépendants ? Malgré moi, à cause de toutes ces expériences, ils restent pour moi associés à ce souvenir cuisant de mes 15 ans, lorsque je suis entrée dans une librairie Actes Suds et que j’ai demandé un livre. On m’a regardé de haut en bas, et lâché un dédaigneux « nous, nous ne vendons pas ce genre d’ouvrages ». Mon sentiment d’être humiliée alors que je reste persuadée, encore à ce jour, d’avoir lu bien plus de livres, de tout horizons, que l’idiot qui a osé m’envoyer sur les roses pour des prétextes débiles. Et c’est dommage car je n’aime pas ce sentiment et je m’en voudrais presque de penser, ressentir ça. Une amoureuse des livres ne devrait-elle pas être parmi les soutiens dans cette jungle qu’est le marché du livre aujourd’hui ?

(1) dans cet article je ne parle que de librairies proposant au moins du neuf. Les librairies d’occasions, souvent, sont réellement généralistes et ont un éventail plus diversifié dans leur catalogue.

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